L’origine du café

L’Arabie heureuse, lieu de naissance du café arabica

Avant le IXe siècle, nous n’avons aucune mention, ni de trace archéologique de la consommation du café. Seuls certaines tribus de Kaffa, situées en Ethiopie occidentale mangeaient et buvaient les feuilles et cerises de café. Ces peuples vivaient non loin de Harrar, grande ville marchande de l’est Ethiopien qui faisait le lien entre l’Afrique dite « noire » et l’Afrique arabique. L’intérêt porté aux feuilles et cerises de café a donc suivi les flux marchands de l’époque entre Harrar et le Yémen, et sa fameuse ville portuaire Mocha (ce qui expliquera le nom donné au café à l’île Bourbon à l’époque).

Les premières traces archéologiques de café torréfié ont été trouvées à Kush (actuel Emirats Arabes Unis) et datent du XIIe siècle. Jusqu’au XVe siècle, le café devint de plus en plus populaire et se répandit dans tout le monde arabo-turc jusqu’à atteindre les grandes capitales comme Le Caire ou Istanbul. Le Yémen était rapidement devenu LA place marchande et productrice du café. Mocha, qui était un port d’importation, était également devenu un port d’exportation, diffusant un café yéménite (café d’origine éthiopienne) cultivé dans des terroirs de plus en plus reconnus. Ce monopole sur la culture et la commercialisation du café a duré jusqu’au début du XVIIIe siècle, époque à laquelle les Hollandais, puis les Français, ont à leur tour ramené des caféiers dans leurs colonies.

Le café arrive en Europe

Compte tenu de la puissance de l’empire Ottoman et la création des Compagnies des Indes européennes, il était inévitable que le café finisse par être répandu au-delà de la zone d’influence de l’Arabie Heureuse. Pour les Européens, les premiers contacts avec le café se firent aux abords des frontières entres le territoire ottoman et les contrées européennes, dès le XVIe siècle. Les Anglais, ramenèrent les premières cargaisons de café vert en Europe en 1606 mais furent rapidement imités par les Hollandais, qui finirent par devenir LA nation du café au sein des pays d’Europe pour plus d’un siècle. Les Hollandais plantèrent donc leur café en Asie (Indonésie & Ceylan) et en Amérique Latine (Surinam). La France fût le deuxième acteur majeur dans la répartition mondiale du café et diffusa la culture du café à l’île Bourbon, aux Antilles et sur le continent Américain via la Guyane Française. Les Anglais rejoignent ensuite cette course coloniale en plantant du café en Jamaïque, puis les Espagnoles qui plantent à Cuba. En un peu moins de deux siècles, la répartition des pays producteurs de café telle qu’on la connaît aujourd’hui avait pris place et témoignent encore des influences de la colonisation du XVIIe siècle et XVIIIe siècle.

Les coffee houses, la dégustation du café et l’art de le servir

Dès l’arrivée du café en Europe au début du XVIIe siècle, le breuvage noir Arabe a créé un réel engouement. Le café était au début vendu par des vendeurs ambulants dans la rue, mais cette tendance ne remporta pas l’unanimité. L’instant passé à boire un bon café aspirait à plus…
La vrai nature du café ne prit pas longtemps pour prendre le dessus ; en effet, le café appelle à la convivialité, au partage, à sociabiliser. C’est pourquoi peu de temps après le début de la commercialisation du café en Europe, les premiers coffee houses ont vu le jour. Ces établissements étaient des « maisons » (ou grandes bâtisses) raffinées, bien décorées, spacieuses et où il faisait bon se retrouver entre amis ou pour travailler. Il va sans dire que ces endroits attribuaient une attention toute particulière à ce que l’on y serve un café dans les règles de l’art.
Dès ses débuts, cette boisson a suscité autour d’elle tout une expertise, tout un art de la préparation. Ceux qui maitrisait cet art à l’époque ne s’appelaient pas un barista comme aujourd’hui, mais « distillateurs » ou « Arméniens ». Le nom de distillateur était en lien avec la minutie que demande le protocole de préparation d’un bon café. Le nom Arménien venait du fait que la plupart des coffee houses qui ouvraient à l’époque étaient tenues par des Arméniens.

Venise fût la ville qui accueillit le premier coffee house d’Europe, dès 1645. Elle fût également le lieu qui accueillit le plus de coffee houses : plus de 200 établissement avaient ouvert en 1700. Le plus fameux coffee house de Venise reste encore le Caffe Florian, fondé en 1720.

Les Coffee Houses arrivèrent ensuite en France, à Paris, où là encore, ces établissements ont connu un grand succès. Véritable lieu de vie, les coffee houses attiraient la haute société, étaient synonymes de raffinement, donnaient des sentiments de voyages. C’est à cette époque-là qu’est né le premier coffee house haut de gamme : Le Procope

Fondé en 1686 par le Sicilien Francesco Procopio dei Coltelli, le Procope est donc le premier endroit de Paris où l’on peut déguster un café assis à une table et lire La Gazette ou Le Mercure Galant autour d’un café d’exception.
Le Procope était un établissement très en vogue : La Fontaine, Racine, Regnard ou encore Voltaire (dont le bureau trône encore au 1er étage de l’établissement) se rendaient fréquemment dans ce Coffee House incontournable de Paris.
Les plus grands philosophes Français avaient même établis leurs quartiers au Procope. Diderot et d’Alembert, qui lancent ensemble L’Encyclopédie, Beaumarchais pour Le Mariage de Figaro.

Il est très important de souligner que durant cette période et à ce même endroit, toute l’élite de Paris ventait l’excellence de ce qui était appelé autrefois le « vin de Bourbon » et qui n’est autre que le café qui était produit à l’île Bourbon durant les années 1700. Reste à savoir si ils parlaient du Bourbon Pointu, ou du café d’Arabie que Le Roy de France avait fait apporter à Bourbon pour en lancer la culture.